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dimanche 5 juillet 2026

PARTHENOPE DE PAOLO SORRENTINO 2024

 





Synopsis :

1950, une famille aisée de Naples acceuille une fille qu'elle nomme comme une fameuse sirène.
1968, Parthenope est devenue une femme d'une beauté tellement indescriptible qu'elle est une raison suffisante pour voir ce film.
Elle est libre, intelligente, cultivée, suit des cours d'anthropologie avec son professeur misanthrope et peau de vache qui pourtant va cultiver une admiration pour elle. Le fils des domestiques de la famille est fou d'elle, comme chaque homme qu'elle rencontre et même son frère ainé est accroc, ce qui va causer sa perte.

Cette fable napolitaine, entre la capitale du sud et Capri, de l'autre côté de la baie, en passant par le bleu de la Méditerranée, la camorra, le foot et le cinéma nous est présenté par un des maîtres contemporains du cinéma vert, blanc et rouge.





 

On est en présence d'un résumé de l'art de Sorrentino qui nous offre une lettre d'amour à sa ville au pied du Vésuve. Le fantôme de Fellini est constamment présent, rappelant "La Grande Bellezza" et l'univers onirique dans lequel évolue l'héroïne rappele une sorte de "Dolce Vita" napolitaine (surtout la première heure) et parfois "Huit Et Demi" pour ses personnages iconoclastes.
Parthenope traverse la vie, l'écran tel le vent caresse un feuillage, d'une manière fugitive.
Celeste Dalla Porta, musicienne et mannequin, est la révélation du film en incarnant la beauté mélée à l'intelligence, nappée avec goût par le suffisant de mélancolie qui sied à un grand personnage.
Stefania Sandrelli incarne le personnage en 2003 qui partira de sa ville lors de la célébration du titre du Napoli.
Gary Oldman joue un écrivain alcoolique et Silvio Orlando (sorte de croisement entre Droopy et Keith Moon) joue le professeur sévère qui servira de modèle à Parthenope.
Ce film est un délice pour les yeux (et pas seulement à cause de l'actrice), une véritable définition de ce qu'est le cinéma italien, le genre d'oeuvre qui aurait reçu une Palme d'Or dans les années 60 mais malheureusement nous sommes aujourd'hui.

Merci Sorrentino pour maintenir le cinéma que nous aimons à flots.














samedi 4 juillet 2026

LE FANTÔME DE L'OPERA DE RUPERT JULIAN 1925

 





Synopsis :

Deuxième adaptation du roman de Gaston Ledoux : 

Sous L'opéra Garnier vit un homme défiguré, et plutôt instable,  amoureux de la chanteuse lyrique au nom de Christine. Le fantôme fait tout pour que sa belle puisse devenir la diva titulaire et finit par y parvenir à coups de menaces et divers coups de magie.
Christine, d'abord fascinée par son ange gardien va vite déchanter lors de leur rencontre. Erik, c'est son nom, lui somme de quitter son fiancé de Vicomte sous peine de représailles terribles.
La belle préfère son vicomte et prévoit de s'échapper après une représentation de Faust mais le fantôme finit par le savoir...







J'ai vu le film de 1943 réalisé par Arthur Lubin, et avant celui de Dario Argento de 1998 et il faut dire qu'à chaque fois je m'y était plutôt ennuyé (pour être poli) mais cette fois-ci ce n'est plus la même histoire.
D'abord c'est un film muet et j'adore cette époque (1895/1930) du cinéma. Le film présenté ici est en séquences monochromatiques (la première en rouge, puis dans le désordre du bleu, du violet, du noir et blanc, du sépia et même une séquence en couleur (celle du bal masqué), de nombreuses scènes jouent avec les ombres (dont encore la première) pour un résultat splendide et enfin le maquillage sur le visage de Lon Chaney est très réussi et fait son petit effet horrifique.
On est ici en présence d'un chef-d'oeuvre esthétique, avec ses décors de l'opéra Garnier, la façade de Notre-Dame et le final apocalyptique sur les bord de la Seine (enfin L'yonne) reconstitué dans des studios à Hollywood avec un certain goût et il faut le dire, raffinement.
Comme avec beaucoup de muets, le film est librement regardable en ligne et se trouve proposé par Arte actuellement.













La version monochromatique de Arte : 






dimanche 28 juin 2026

PORTIER DE NUIT DE LILIANA CAVANI 1974

 





Synopsis :

Vienne 1957,
Max est un ancien socialiste nationaliste ayant sévi dans des camps. Il travaille comme portier de nuit dans un hôtel de luxe et attend son procès dans l'espoir d'une réhabilitation de ses crimes lors du troisième reich.
Une femme arrive à l'hôtel avec son mari chef d'orchestre, que Max reconnait immédiatement et inversement : elle fut une prisonnière d'un camp dans lequel Max officiait en tant que médecin où les deux deviendront amant dans une relation sadomasochiste.
Un moment de trouble passé, ils vont se retrouver comme avant mais les amis de Max, nazis également, ne vont pas l'entendre de la même oreille...







Ce premier film de ce qu'on appelera la nazisploitation, sous genre du bis italien mélangeant nazi et sexe (une sorte de perversion/déviance  à rapprocher de la fascination qu'ont certaines femmes pour les tueurs et violeurs en série), fait penser à un croisement entre "Les Damnés" de Visconti (Bogarde et Rampling), certains films de Paul Morrissey, Fassbinder et les pires Pasolini ("Porcherie" et "Salò").
Sauf qu'ici on est en présence d'un film adulte, intellectuel et maîtrisé, avec toujours un certain raffinement : Dirk Bogarde et Charlotte Rampling (au sommet de son charme hypnotique), ainsi que Gabriele Ferzetti et Philippe Leroy portent le récit vers le haut, le tout filmé avec goût et une certaine noirceur.
Charlotte Rampling fait penser à la Dietrich dans la fameuse scène où elle chante.
On est ici en présence d'une oeuvre plutôt fascinante, et il faut le dire, de premier ordre, jamais vulgaire et encore moins trash comme on aurait pu s'y attendre.
Je viens de revoir ce film que j'avais découvert naguère en une autre ère et la seule chose qui m'a dérangée a été la version anglaise (une version allemande aurait été plus appropriée) puisque le film présente des personnages allemands/autrichiens évoluant à Vienne.
À part celà, ce "Portier" est une délicatesse à consommer sans arrière pensée.
















samedi 27 juin 2026

NUIT D'OR DE SERGE MOATI 1976

 





Synopsis :

Michel Fournier est censé être mort et incinéré mais est toujours fringuant. Il revient se venger de ceux qui lui ont fait du tort, leur envoyant d'abord d'inquiétantes poupées à leur effigie puis en enlevant la fille de son frère (en fait sa propre fille).
Fournier en fantôme, une secte de cinglés (pléonasme), une atmosphère surréaliste et glauque...







Une curiosité que ce premier film de Moati, sorte de thriller fantastique porté par des personnages tous plus ou moins tarés et ambigus et surtout un certain sens de la distribution : 

Klaus Kinski incarne Michel Fournier, sorte de personnage central qu'on fait passer pour un psychopathe pervers (ce qu'était Kinski) jusqu'à ce que...regardez jusqu'à la fin. Kinski est lui-même, il joue à peine et est toujours fascinant.
Blier joue un flic qui a trop navigué en zone grise, corrompu à l'excès et donc corvéable.
Jean-Luc Bideau joue le frère de Michel Fournier et s'avérera un personnage clé de l'histoire. Marie Dubois est excellente ainsi qu'Annie Duperey dans un rôle assez marquant de tarée inquiétante.
L'alors jeune Valérie Pascal(e), avant d'être élue miss France 1986, hérite du rôle très compliqué de la petite qui sera enlevée et séquestrée (un des sujets les plus rares et tabous dans le cinéma). Elle y est prodigieuse et c'est dommage qu'elle n'ait pas continué dans le métier.
Maurice Ronet, la raison originale pour laquelle j'ai regardé ce film hérite du rôle de "Nuit D'or", petit rôle de patron de salle de jeu clandestine qui sera une sorte de motivation pour certains personnages.


Un thriller remarquable, dans le sens marquant, que je rapprocherais du futur travail d'un David Lynch pour l'atmosphère, les personnages troubles, flous et un récit alambiqué.
















vendredi 26 juin 2026

STUPEUR ET TREMBLEMENTS DE ALAIN CORNEAU 2003

 





Synopsis :

L'histoire d'Amélie, une jeune femme belge, embauchée pendant un an dans une grande entreprise tokyoïte comme traductrice, ayant passée les cinq premières années au Japon.
Amélie est étrangère et on va vite lui faire comprendre, à coup d'humiliations de plus en plus prononcées : de traductrice, onnlui confiera des postes de plus en plus dégradants jusqu'aux toilettes...






Corneau est aux manettes pour cette adaptation de l'autobiographie romancée d'Amélie Nothomb sur son retour en terre nippone.
C'est la lyonnaise Sylvie Testud qui interprète la double de la romancière en abattant un boulot phénoménal en s'exprimant principalement en japonais.
Le film est surtout l'occasion de mettre le focus sur les relations sociales entre les japonais et la très haute opinion qu'ils ont d'eux-mêmes.
Les japonais se pensent les maîtres du monde et traitent les étrangers (sauf ceux de passages, touristes, clients et représentants divers) comme une sous-espèce.
Le cinéphile est ravi de la référence à "Furyo" de Oshima et en général, les amateurs de cinéma japonais seront en terre connue.
On est quand-même loin des fulgurances des premiers Corneau ou même de "Tous Les Matins Du Monde" et en 2003, le cinéma français n'avait déjà plus grand chose de relevant (c'est encore pire aujourd'hui) mais pour la Testud et l'esprit décalé de la Nothomb, ce film est assez plaisant.
















dimanche 14 juin 2026

THE VIRGIN SUICIDES DE SOFIA COPPOLA 1999

 





Synopsis :

L'histoire des soeurs Lisbon, au millieu des années 70, âgées de 13 à 17 ans et leurs parents bigots, racontée par des garçons enamourés d'elles.
La cadette tente d'abord de se couper les veines, puis lors d'une surprise partie, elle réussie son coup en s"empallant sur la grille de la maison. Les soeurs encaissent tant bien que mal, leur mère (qui s'avèrera le problème) deviendra un peu plus siphonée mais finallement la famille essaiera de vivre normalement en laissant leur filles aller à un bal (sous le chaperonnage du père).
Lux Lisbon, la soeur que le récit suit le plus, finit par avoir une relation avec le dragueur de l'école mais se réveille seule sur le terrain de football, le lendemain matin.
Elle rentre donc chez elle après l'heure autorisée et à partir de là, les soeurs vont être séquestrées chez elles.
L'inévitable et irréparable vont faire leur apparition...








Le premier long de la fille Coppola, co-produit par son père et maître du cinéma, est un mélodrame de tout premier ordre, comme le sera son suivant, à la superbe photographie et sa bande-son vintage accompagnant celle des versaillais de Air.
Kathleen Turner incarne la mère/harpie bigote qui sera responsable du désastre révélé dans le titre. James Woods (à l'époque où il n'était pas encore blacklisté) incarne le père, prisonnier de sa femme, une sorte d'eau dans le vin de messe de la matriarche.
Kirsten Dunst incarne Lux Lisbon, pivot du récit, dans ce qui fut sa révélation.
Le récit, adaptation du roman de Jeffrey Eugenides, disséque les tourmentes de l'adolescence, et surtout ici celle des jeunes filles presque femmes qui découvrent leur propre mortalité (la métaphore de l'orme). On peut mettre ce film en parallèle avec certaines oeuvres de l'époque du Nouvel Hollywood dont "Les Gens De La Pluie" du paternel ou "Alice N'est Plus Ici" de Scorsese...la Sofia ayant grandi dans cet environnement bien évidemment.
Une deuxième vision 25 ans après (je l'avais vu au cinéma à l'époque) et toujours la même sensation de qualité qui a disparue depuis.

















samedi 13 juin 2026

ARIZONA DREAM DE EMIR KUSTURICA 1993

 







Synopsis :

Le film s'ouvre par un Inuit revenant de la pèche, tombant dans un trou dans l'eau glacée et en réchappant de justesse. Il est sauvé par un loup qui le ramène chez lui sur son traineau. Sauvé et guéri par sa femme, ils cuisinent le poisson (un halibut) et font l'amour pendant que leur fils lance un balon fait à partie de l'estomac du poisson. Le ballon vole de l'Alaska jusqu'à New York et vient éclater sur la tête de d'Axel qui revait justement de cette histoire.
Axel a un métier particulier, trier et étiqueter des poissons, il vit dans sa camionette et passe son temps à rêver.
Son cousin, un pseudo acteur mais vrai cinéphile, vient le chercher depuis l'Arizona car l'oncle d'Axel va se marier et il veut que son neveu soit témoin. Axel d'abord refuse puis agrée car Leo Sweetie (le tonton) est le héros de son enfance.
Arrivé dans l'Arizona dans laquelle il a grandi, des choses de plus en plus incroyables vont lui arriver, rencontrant notamment une veuve fracassée passionnée d'avions et de sa belle fille frustrée, suicidaire et tout aussi cinglée.
Le reste est irracontable...







Je viens de revoir ces deux heures de temps suspendu que je n'avaient pas vu depuis une trentaine d'année, à l'époque où Arte avait fait une spéciale Kusturica en passant ces films depuis "Papa Est En Voyage d'Affaire" jusqu'à  "Chat Noir, Chat Blanc".
Un classique des années 90, à l'époque où le cinéma américain recommençait à faire de la qualité (ça ne durera pas) et engageait même un cinéaste yougoslave, à l'époque, pour nous concocter cette fable comique, poétique et surréaliste qui fait du bien aux mirettes.
On pense à un croisement entre Lynch et Tarantino, avec de nombreuses citations pour cajoler les cinéphiles : "Raging Bull", "Voyage Au Bout De L'enfer", "Le Parrain", "La Mort Aux Trousses". Johnny Depp est cité devant son personnage pour un peu de nonsense.
Faye Dunaway y trouve un rôle étonnant (à un moment donné, quand elle met en joue Depp et Gallo, j'aurais pensé à un dialogue du genre "Eh, tu te prends pour Bonnie Parker ou quoi ?"). Vincent Gallo, qu'on voyait souvent dans les années 90 (un peu comme Joaquin Phoenix aujourd'hui), jusqu'à ce qu'il dise qu'il est républicain et pratiquement disparaître (bonjour à James Woods si vous le voyez). Gallo était la gueule de l'époque comme Steve Buscemi.
Johnny Depp est excellent dans un rôle un peu plus intérieur, plus exigeant techniquement.
L'histoire n'a ni queue ni tête comme tout oeuvre surréaliste qui se respecte et son humour peut faire penser à une certaine idée de l'époque du Muet pour ceux qui aiment ça comme moi.
J'ai eu beaucoup de bonheur à revoir ce classique américano-français-européen, sans message politique...l'Art à l'état pur...deux heures et quart d'une amérique onirique et puis la musique de Kusturica et l'Iguane qui chante "In The Death Car", nous replongeant dans ces années-là.