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jeudi 23 janvier 2025

SEINFELD 1989/1998

 









Synopsis :

La vie de fiction du vrai comique de stand-up Jerry Seinfeld.
Dans cette sitcom, on peut suivre les aventures de l'humoriste et de ses amis : 
Le petit, rondouillard, dégarni et insécure George.
L'ex petite amie Elaine, sexy, un peu fofolle et ambitieuse.
Le voisin Kramer, grand maladroit qui fait tout tomber même lui-même et qui passe ses journées à bouffer ce qu'il y a dans le frigo de Jerry.

La sitcom est écrite principalement par Seinfeld et Larry David qui partira au bout de la septième saison qui tombera alors dans quelque chose de plus surréaliste.





 


J'ai décidé il y a quelques temps de regarder enfin cette sitcom légendaire qui a révolutionné ce genre un peu idiot qui sert surtout généralement de bouche-trou et d'aspirateur à réclames dans les programmes de télévision.
Jerry Seinfeld est tout autant un excellent auteur et humoriste qu'il est mauvais acteur, jouant tout de la même manière, avec un sourire benêt. C'est d'ailleurs tout à son honneur de ne pas avoir cherché à faire carrière au cinéma et d'être retourné ensuite à ses spectacles.
Au contraire du héros, les trois autres rôles principaux sont incarnés par des épées, comme aurait dit Audiard père, dont surtout les excellents Jason Alexander (George)  et la demi-française Julia Louis Dreyfus (Elaine) qui subliment l'excellent matériel écrit par Seinfeld et David.
L'œil acéré des deux auteurs, qui s'inspirent de leur vécu, fait pour la plupart du temps mouche en un humour très "Saturday Night Live", ironique et irrévérencieux qui fait du bien dans cette époque sinistre dans laquelle nous vivons.
La première saison est en fait une sorte de grand pilote de deux heures et cinq épisodes servant à introduire les personnages, leurs caractéristiques et surtout leurs névroses.
À partir de la deuxième saison et jusqu'au départ de Larry David à la fin de la septième, on serait bien en mal à trouver de mauvais épisodes, on se régale la plupart du temps.
Les deux dernières saisons voient la sitcom virer dans quelque chose de plus surréaliste, avec des histoires qui n'ont souvent aucun sens, peut-être plus clivant, moins familial.
Le dernier épisode voit le retour de Larry David qui décidera de choquer les fans avec un biais assez radical, vu à l'époque comme moraliste.

"Seinfeld" reste, plus de trente ans après très impressionnant, influençant les sitcoms qui suivront comme bien sûr "Friends" ou "How I Met Your Mother" qui se passent également à New York (mais tournées en Californie).
En France à l'époque, on avait les Nuls qui étaient dans la même veine mais qui n'écrivaient que peu leur sketchs au contraire des deux auteurs américains.
La série a été peu diffusée chez nous, au contraire des "Amis", ce qui participe au culte entourant la sitcom.





La liberté guidant le peuple















mardi 21 janvier 2025

RABBITS DE DAVID LYNCH 2002

 





"Rabbits" est présenté en de courts épisodes de durée variable se passant en décor unique, un salon, et traité à la manière d'un sitcom, si on peut dire ainsi.
Trois personnages de léporidés humanoïdes (Naomi Watts, Laura Elena Harring et Scott Coffey dans des costumes de lapin) dialoguent de manière décousue (répondant à une question posée par un personnage en ayant au préalable parlé d'autre chose sans relation directe) puis arrive une sorte d'identité démoniaque éructant des paroles incompréhensibles ainsi qu'un appel téléphonique tout aussi inquiétant par la suite.
Certains épisodes présentent un des trois protagonistes récitant une sorte de mantra parlant de chien, de sourire maléfique et d'autres réjouissances.
Le personnage joué par Laura Harring est doublé pendant son monologue par la chanteuse Rebekah Del Rio.
Le récit se termine par l'arrivé d'un personnage invisible (un homme en costume vert) et les trois personnages se blottissant dans le canapé.

Lynch, dont ceci constitue un hommage à l'un des derniers vrais artistes du cinéma, a présenté ces épisodes, neuf en tout, sur son site internet.
"Rabbits" est du Lynch, donc le seul sens qu'on peut trouver à cet OVNI se trouve uniquement en chacun de nous.
Expérimenter du Lynch, c'est un peu comme prendre de l'acide, le cinéaste prend son pied à bousiller notre inconscient et la musique d'ambiance de Badalamenti rythmée à d'inquiétantes sirènes de bateau (et pas de locomotives comme le disent ces crétins de WOKIpédia) n'arrangent rien à l'affaire.
Le cinéaste invente le sitcom d'horreur : une sorte de public riant à certains dialogues alors qu'il n'y a pas de quoi et applaudissant à chaque entrée de personnages, le personnage joué par Naomi Watts (la ménagère en robe de chambre qui repasse le linge) semblant faire partie du problème maléfique selon moi.

Si vous n'avez jamais vu de Lynch, ces "Lapins" ne sont peut-être pas conseillés, il vaut mieux commencer par "Une Histoire Vraie" ou "Sailor Et Lula" parce que ça risque de vous faire bizarre.
On est plus ici dans le ton d'un "Eraserhead" ou de l'épisode 8 ("Gotta Light ?") de la troisième saison de Twin Peaks, à la rigueur de certains moments de "Lost Highway" ou "Mulholland Drive".

Merci monsieur Lynch pour avoir été le serrurier de nos consciences.













La "série" est disponible, pour l'instant, sur Youtube avec les épisodes réunis en un moyen métrage en VO :





 

mercredi 30 octobre 2024

ARSENE LUPIN 1971 PUIS 1973/74

 





Synopsis :

Pendant les Années Folles, Arsène Lupin semait la terreur chez les nantis, les parvenus en les cambriolant de manière de plus en plus flamboyante, et ce sans faire couler le sang.
Malin comme un singe, expert en déguisement et aussi charmeur, voici donc les aventures de l'Arsène et de son fidèle compagnon Grognard, en France mais aussi dans divers pays d'Europe.








Cette série de deux saisons est la plus fameuse du héros de Maurice Leblanc.
Arsène Lupin s'inscrit dans la continuité de personnages réels ou imaginaires comme Cartouche, Mandrin, le Vautrin de Balzac, Edmond Dantès de Dumas ou Jean Valjean de Hugo.
À l'époque de sa première diffusion, il n'y avait que deux chaines de télévision et "Arsène Lupin" fut alors un succès remarquable, faisant rentrer le personnage dans le patrimoine national, ainsi que Georges Descrières.

Descrières est l'atout principal de cette série, ce gars est capable de jouer différents personnages dans un même épisode, prenant des voix et accents différents sous un maquillage pourtant assez sommaire.
Le comédien bordelais porte souvent à lui tout seul certains épisodes plus portés sur la comédie, surtout ceux nombreux qui se passent à l'international, surtout en Allemagne (alors RFA lors du tournage).
Yvon Bouchard est le seul, avec Descrières, à apparaître dans chaque épisode, incarnant le personnage de Grognard, majordome, confident, complice et ami du héros. Bouchard fait un excellent boulot et se hisse souvent au niveau du bordelais.
La musique de Bourtayre et les deux chansons interprétées par Dutronc sont mythiques.
On a l'occasion d'admirer certaines comédiennes comme la britannique Prudence Harrington (qu'on a pu voir dans "Les Brigades Du Tigre"), Thérèse Liotard, Nicole Calfan ou le chef-d'œuvre de beauté nommé Corinne Le Poulain (je me rappelle certains épisodes de "Sam Et Sally", avec Descrières encore, qui provoquaient en certain émoi chez le gamin que j'étais)

Cette série comporte néanmoins certains points négatifs :

Les invraisemblances comme le fait que le commissaire Guerchard, joué par un très bon Roger Carel, ne reconnaisse jamais Lupin sous ses déguisements alors que Lupin ne se sépare jamais de sa bague en or à sa main gauche et que le spectateur reconnaisse le personnage immédiatement à cause des maquillages sommaires, justement.
Le doublage sur la moitié des épisodes, ceux se passant hors de France et les mêmes souvent où le scénario est le plus bâclé et porté sur la comédie. Dès que j'entend un comédien doublé, j'arrête d'écouter ce qu'il dit (enfin, le gars qui parle à sa place) et débranche mon cerveau, c'est automatique, orthodoxie et puritanisme oblige.
L'identité du "coupable/méchant/conspirateur" est souvent assez téléphoné, j'aime bien être surpris, dérouté, un bon coup de théâtre est souvent mémorable.

Que dire de cette série vu par un cinéphile de 52 ans par rapport au souvenir que j'en avais dans les années 1970 ?

Je suis un peu déçu dans l'ensemble, comme quand j'ai revu "Les Brigades Du Tigre" ou "L'île Au Trente Cercueils"(épisode de Lupin d'ailleurs mais sans Lupin dans la série) : l'œil un peu plus expert, ayant vu des milliers et milliers de films, épisodes de série, on reste dans la production familiale, qu'on regardait le soir devant une assiette de soupe de légume faite par la maman depuis décédée ou devant le gigot du dimanche (bonjour Piccoli !), le Beaujolais coupé à l'eau et la tarte au sucre (spécialité de Pérouges).

Reste Descrières, Carel, une certaine liberté, insouciance, joie de vivre inhérente à cette époque bénie des trente glorieuses, où le soleil brillait pour nous tout seul, où on était content de se coucher le soir parce que demain serait mieux, où les sourires étaient tant horizontaux que verticaux.

...et puis Corinne Le Poulain.























lundi 14 octobre 2024

LES BRIGADES DU TIGRE 1974/1978 puis 1981/1983

 





Synopsis :

La Belle Epoque : L'affaire Dreyfus, l'assassinat du président Carnot, la mort du président Faure, la goulue, Mistinguett, Sarah Bernhardt, Toulouse Lautrec mais aussi la bande à Bonnot et les apaches.

En 1907, la police française est dépassée, restée bloquée au siècle précédent.
Georges Clémenceau, ministre de l'intérieur, décide de créer les "brigades mobiles", dotées des dernières innovations scientifiques (prise d'empreintes digitales, centralisation des données, équipements motorisés) pour faire baisser la criminalité à Paris et en province.
La série nous propose les enquêtes du commissaire Valentin et de ses collègues et amis Pujol et Terrasson, inspecteurs de police sur quatre saisons se déroulant pendant la Belle Epoque et se terminant avant la Grande Guerre, puis deux autres saisons se passant lors des Années Folles (les années 1920).





 

Une des séries françaises les plus emblématiques des années 1970 puis 1980, créée par Claude Dessailly et réalisée par le seul Victor Vicas, qui s'avérera important dans la qualité et l'unité du travail.
Tourné principalement à Orléans dans une poignée de rues et toujours la même place ayant gardé alors les caractéristiques du début du vingtième.
Si on veut se renseigner sur cette époque charnière entre les deux siècles, qui ressemble d'ailleurs à notre époque, tel un effet miroir, les affaires criminelles, les tensions politiques nationales et internationales, l'entente cordiale, la montée de l'anarchisme et surtout la guerre entre le vieux et nouveau monde, les gens nés sous le Second Empire ou même la Restauration et les autres plus jeunes, nés sous la troisième république, cette série est didactique et parfaite.
La plupart des épisodes, 36 en tout, sont de bonne qualité, l'écriture est assez sérieuse et rigoureuse pour coller plus près au sujet.
Le générique, signé Claude Bolling et chanté par le dégingandé Philippe Clay, est rentré dans le patrimoine, très accrocheur.

Quelques erreurs de script, des passages tournées en 16 mm montés avec d'autres en 8 mm, des plans de nuits, puis des plans de jour mais dans l'ensemble on est loin des idioties américaines pour ménagères en bigoudis et obèses en short.

Le coffret DVD de l'intégrale est le gros point noir : image dégueulasse, sous-titres inexistants sur les dialogues en langue étrangère (prussien, italien, russe, serbe), vivement un nettoyage, une grande lessive pour un meilleur confort de visionnage.

Le meilleur acteur de la bande des trois est le survivant, au moment où j'écris ceci, Jean-Paul Tribout qui joue Pujol et qui crève l'écran.
Pierre Maguelon joue le personnage le moins utilisé, surtout là pour déclamer des blagues pas drôles avec son accent cassoulet, à l'exception d'un épisode un peu fantastique et le tout dernier où il se marie (une façon de tuer le personnage).
Globalement les saisons 5 et 6 se passant pendant les Années Folles sont un peu plus en dessus en ce qui concerne le scénario sauf pour  l'épisode sur la fin du muet avec son vampire un peu crétin.

"Les Brigades" résistent bien aux années, j'ai pris le même plaisir qu'à l'époque de la diffusion originale, ce qui n'est pas toujours le cas d'autres séries des années 1970/80, il faut juste une réédition sérieuse et rénovée.







 









mardi 10 septembre 2024

LE PRISONNIER 1967/1968

 





Synopsis :

Un homme roule dans Londres dans sa voiture de sport. 
Il passe devant Westminster et se gare dans le parking souterrain du palais.
L'homme progresse d'un pas décidé dans un corridor sombre et déboule dans un bureau.
Il enguirlande le gars assis derrière et dépose ce qui ressemble à une lettre de démission.
L'homme rentre chez lui et fait ses bagages.
Un croque-mort sortant d'un corbillard qui suivait notre homme injecte un gaz par la serrure de la porte. L'homme s'évanouit.
Il se réveille dans la même pièce que précédemment sauf qu'en fait il se trouve dans un lieu inconnu ressemblant à un village méditerranéen.
Nous ne connaitrons jamais son nom, dans le village, il est le numéro 6 et est prisonnier...









"Le Prisonnier" est l'œuvre de son acteur principal, Patrick McGoohan, aidé de l'écrivain George Markstein.
Le style de la série, ou devrais-je dire dystopie, de 17 épisodes est un mélange de fantastique, science-fiction et espionnage, traité avec une audace inédite à l'époque, avec l'influence alors contemporaine du "Swinging London".
Les premiers épisodes sont très impressionnants : Le cadre du "Village", une ville côtière du Pays De Galles à l'architecture italienne fait déjà de l'œuvre quelque chose d'inoubliable mais si on ajoute le style nerveux de la réalisation, un éclairage psychédélique, des personnages très loin d'être manichéens (nous ne sommes pas à Hollywood), une légère pincée de philosophie et de symbolisme et surtout un constant désir et devoir de dérouter le spectateur.
La mécanique du "Prisonnier" consiste à chambouler l'histoire présentée et apprendre au spectateur à ne pas croire dans se qu'il voit et entend, à ne faire confiance ni au script, ni aux personnages, une leçon de vie en bref.
"Le Prisonnier" est en cela telle une partie d'échec, d'ailleurs sujet d'un des épisodes, ou les personnages sont des pions mouvants en des possibilités presque infinies.
McGoohan est un comédien hors norme, il fera de certains épisodes de "Colombo" des moments inoubliables, il incarne un des meilleurs rebelles de l'histoire, en cela il me fait penser à Steve McQueen.

Ceci dit, en considérant que la série ne devait durer que quelques épisodes, certains de ceux-ci au milieu de la saison sont clairement destinés à faire du remplissage, l'histoire ne progresse plus et on a droit à numéro 6 au Far West, numéro 6 en James Bond traquant un scientifique se prenant pour Napoléon et même numéro 6 dans un corps différent de retour à Londres.
De plus, une fois qu'on a compris comment fonctionnait cette fameuse mécanique, au bout de quelques épisodes, on a tendance à être moins concentré sur l'histoire car on sait qu'à la fin, on aura droit à un retournement final qui bazardera tout le script.
Les deux derniers épisodes, écrits et dirigés par McGoohan, reviennent au fondamentaux et présentent un final à la porte très ouverte, sans vraiment d'explication autre que dans chaque homme se mélangent le bien et le mal, noir et blanc comme le masque des personnes dans le dernier acte.

Cette série, malgré ses défauts, est largement au-dessus de la mêlée, "Chapeau Melon" sera influencée par elle, comme on décèle une influence de "La Quatrième Dimension" (l'homme arrivant dans un village étrange, surnaturel, désert au début) dans "Le prisonnier".
Je vois personnellement l'influence de cette série dans "Orange Mécanique" de Kubrick et dans les films de David Lynch.

Pour finir, "Le Prisonnier" ne s'adresse pas à tout le monde.
Les amateurs de sitcoms, de série d'après-midi pour ménagère ou amateurs de films d'actions pas compliqués ont peu de chance de tenir quelques épisodes, "Le prisonnier" est une œuvre exigeante, un marqueur du siècle dernier, à l'époque où l'Angleterre dominait culturellement le monde.


















dimanche 1 septembre 2024

SHOGUN 1980

 





Synopsis :

Vers 1600, le britannique John Blackthorne et son navire "Erasmus" échoue sur les côtes du Japon, en proie à de continuelles guerres entre deux clans.
Les portugais ont alors l'exclusivité du commerce avec l'empire du soleil levant et les jésuites y ont un pouvoir considérable.
Notre héros et son équipage sont tout d'abord capturés et humiliés, d'autant plus qu'ils ne sont ni japonais, ni catholiques.
Petit à petit, Blackthorne va réussir à se faite une place et gagner le respect des samouraïs en échangeant de précieuses informations avec le seigneur (shogun) Toranaga, apprenant la langue et les coutumes.
Blackthorne va même finir par devenir samouraï mais les jésuites ne l'entendent pas de cette oreille, considérant le britannique comme un hérétique...








Quand cette mini-série (adaptation du roman de James Clavell de 1975) a été diffusée à la télévision française en 1983, j'ai été fasciné par ce monde que je ne connaissais pas bien, à part certains dessins animés comme par exemple un certain robot à cornes qui ressemblait d'ailleurs à l'armure des samouraïs.
1983, c'est aussi l'année de "Furyo" de Nagisa Oshima et la célèbre musique de Sakamoto.
À l'époque, la série avait été diffusée en une dizaine d'épisode alors que le coffret que j'ai visionné présente la série comme un film de 9 heures découpés en 4 DVD.
Tout d'abord, les dialogues en japonais ne sont pas sous-titrés, pour soi-disant se mettre dans la perspective du héros, mais qui a tendance à faire sortir le spectateur de l'histoire lors de séquences de dialogues de deux minutes où on s'ennuie un peu.
Certains dialogues sont néanmoins commentés en VO et en voix off par ni plus ni moins qu'Orson Welles de sa voix caverneuse.
Certains passages, peu nombreux heureusement, sont stupides comme certaines séquences de combat où des japonais se font tirer dessus et font un saut périlleux dans la mer avant de mourir, Hollywood dans toute sa "splendeur".
Dans les points positifs, certains passages didactiques nous présentent avec un grand respect certaines traditions de l'époque comme la cérémonie du thé ou le rituel du seppuku (suicide d'honneur) comme celui du personnage de Mariko dont le héros est fou amoureux.
Le personnage de Toranaga, central mais peu présent, est joué par Toshiro Mifune, l'équivalent japonais de Laurence Olivier ou Marlon Brando, héros de nombreux Kurosawa chroniqués sur ce blog.
Le cinéphile pensera d'ailleurs à du Kurosawa, un peu mal digéré, sur certaines séquences guerrières ; pour information, le maître a détesté cette série et l'a violement critiqué (le fait qu'il y ait Mifune avec lequel il était brouillé a dû jouer je pense).

J'ai beaucoup moins apprécié cette série aujourd'hui à 52 ans qu'à l'époque où j'en avait 11, je ne connaissais rien au cinéma à l'époque et était bon public comme on dit.
Ceci dit "Shogun" est un spectacle de qualité, bien au-dessus de la médiocrité, pour être gentil, américaine de l'époque qui n'était pas encore gangréné par le wokisme.
"Shogun" est le japon médiéval vu par les occidentaux, pour aller au fond des choses je conseille plutôt Kurosawa ou certains Oshima ou Kitano.










 








mardi 27 août 2024

ESTERNO NOTTE DE MARCO BELLOCCHIO 2022

 






Synopsis :

Le 16 mars 1978, Aldo Moro, président de la Démocratie Chrétienne (sorte d'UDF italienne) est enlevé par les brigades rouges puis assassiné quelques semaines plus tard.
Il s'apprêtait à faire une coalition avec le parti communiste italien ce qui ne plaisait à pas grand monde (le Vatican, l'OTAN, certains membres du parti).
En six épisodes, adoptant un point de vue différent, Marco Bel Œil nous propose sa vision de cet événement qui fut un des sommets, tragique, des années de plomb.





 


20 ans après "Buongiorno, notte", Bellocchio revisite ce drame de  l'histoire de la première république d'Italie d'une manière un peu différente.
Si le film de 2003 se basait sur le récit d'une brigadiste, le réalisateur décline ici le fait historique en le narrant selon le point de vue de Moro (épisode 1), du ministre de l'intérieur Cossiga qui deviendra président en 1985 (2), du pape Paul VI qui mourra quelques mois après la mort de Moro (3), des terroristes (4), de la femme de Moro (5) et d'un dernier épisode plus classique dans sa forme.
En somme, on pourrait presque dire qu'il s'agit ici d'une série chorale.
Le traitement est sans pitié, non seulement pour ces crevards psychopathes socialistes qui se nommaient brigades rouges, mais aussi pour la Démocratie Chrétienne (Giulio Andreotti surtout, dépeint comme dans le film de Sorrentino "El Divo", petit, fourbe et maniéré), le Vatican, le président de l'époque (Giovanni Leone), les amis.
Aldo Moro est présenté ici par contre comme quelqu'un d'humain, de tolérant et d'ouvert, bref un héros, un martyr.
En somme tout le monde a laissé exécuter Moro car ça les arrangeaient bien et en ne faisant rien, on prend toujours moins de risque, c'est du moins le point de vue de Bellocchio, partagé par beaucoup en Italie apparemment.
Une mini-série réussie, moins politique que le film de 2003, qui laisse donc plus la place à une réflexion personnelle de la part du spectateur.
 


















jeudi 8 février 2024

GOMORRA LA SERIE 2014/2021

 





Synopsis :

À Scampia et Secondigliano, quartiers pauvres au nord de Naples, le clan camorriste de la famille Savastano règne en maître.
Des sécessionistes apparaissent de temps en temps comme le clan dirigé par Salvatore Conte, un homme pieux, cultivé et détonnant quelque peu de l'image du camorriste bas du front.
Après une courte guerre, celui-ci s'enfuit à Barcelone où il fera fortune.
Pendant ce temps, le fils Savastano, Gennaro, apprend le métier avec le soldat Ciro Di Marzio, surnommé l'immortel.
Au fil des cinq saisons, Gennaro et Ciro vont être amis puis ennemi, puis ami de nouveau, puis ennemi de nouveau, la plupart de leur entourage, amis, alliés vont mourir, tout le monde va se trahir et aller jusqu'à tuer épouse, enfant, parents pour un coin de trottoir...bref la camorra...bref la mafia...bref l'Italie du sud.








Naples : son Vésuve, Pompéi, Capri, ses pizzas et trattorias et...la camorra.
Après le film de Matteo Garrone chroniqué précédemment dans ce blog, qui est l'adaptation du roman de Roberto Saviano qui depuis doit vivre caché et protégé, voici la série qui sera un succès dans la plupart des pays du monde (rare pour un produit italien).
Les fameux immeubles de Scampia, les vele (les voiles, mais pour moi ça ressemble plus à un paquebot) sont le décor idéal de ce spectacle violent, radical et beaucoup plus sombre que les "Soprano". La plupart de ces sinistres immeubles ont depuis été détruit.
Dans cette série, tout les personnages de la camorra sont violents, sans vrais principes, noirs, sans pitiés : certains sont capables de s'allier avec les meurtriers de leur amis ou parents, simplement pour gagner plus d'argent ou alors on change de camp selon si la soupe est meilleure ailleurs (en politique, c'est pareil mais sans les meurtres).
On voit au fil des saisons comment la camorra a réussi à s'infiltrer jusqu'au système napolitain, faisant élire certains élus.
Les épisodes sont construits comme suit : on nous présente un personnage qui, si il a de la chance, survivra quelques épisodes ou se fera dessouder à la fin de celui-ci. Tout les deux épisodes à peu près, un rebondissement ou un cliffhanger final installe la suite de l'histoire.
On voyage un peu : Barcelone, Rome, Trieste, la Bulgarie, l'Albanie, la France. La n'drangheta (la mafia calabraise) est évoquée et jouera un petit rôle.
Le personnage de Conte est un des rares vraiment intéressant comme je l'ai déjà dit mais il se fera tuer dans la saison 2, peut-être un peu  trop nuancé.
Les deux personnages principaux et "héros" Gennaro et Ciro sont comme deux frères qu'on dirait sortis d'une pièce de Shakespeare mais le fait que l'un fera en sorte que l'autre tuera son père, et que l'autre tuera sa femme de ses mains font que le spectateur sain d'esprit ne peux en aucun cas trouver de sympathie pour ces personnages et pour la plupart des autres également.
"Gomorra" n'est pas vraiment une pub pour Naples, ne glorifie pas vraiment la mafia comme les produits américains comme les Coppola, Scorsese ou De Palma ou encore "Les Soprano" qui ont tous des personnages un peu positifs.
À partir de la saison 2, un peu plus de personnages féminins apparaissent dont la Patrizia qui deviendra une sorte de "Michael Corleone" au féminin.
La saison 4 est un peu plus calme, et l'histoire d'amour entre Patrizia et le fils d'une famille de la cosa nostra (mafia sicilienne) change un peu.
Pour finir, on remarquera que le système du trafic de drogue en France a tout copié à celui de la camorra, jusqu'à la livraison à domicile.

"Gomorra" ne s'adresse pas à toute la famille (c'est plutôt même destiné à un public de banlieue il faut être honnête), il faut être sain d'esprit pour consommer ce spectacle nihiliste et sans soleil mais c'est une série de très bonne qualité, pérennisant le renouveau du cinéma (ici télévision) italien de ces 20 dernières années.

 


















mardi 23 janvier 2024

TWIN PEAKS LE RETOUR 2017

 





Synopsis :

25 ans après les deux premières saisons, Lynch et Frost nous proposent de retourner dans la loge noire où l'agent Dale Cooper est toujours retenu.
On apprend qu'il a un double maléfique, Mr C, qui sème la mort sur son chemin du monde réel.
Un corps est retrouvé dans une chambre d'hôtel : la tête d'une femme et le tronc d'un homme, les collègues de Cooper enquêtent.
On en sait plus sur l'origine de la loge noire, de ce monde parallèle et inquiétant présenté auparavant.
On suit les aventures de Dougie Jones, un autre double de Cooper dans lequel celui-ci prendra le corps à sa sortie de la loge noire, mais devenant amnésique et un peu légume aussi.
La femme à la bûche est là aussi et la plupart des anciens.
Tout ça et bien d'autres choses…



  




Le retour d'une des séries culte de notre génération, cette fois-ci entièrement réalisé par Lynch (on se souvient de certains épisodes de la saison 2 assez médiocres, pour être gentil, et notamment ceux qui venaient après la révélation de l'assassin de Laura Palmer).
Ici le côté sitcom un peu gonflant, pour être poli, de ces mêmes épisodes est remplacé par des séquences d'humour noir et morbide à la Rob Zombie ou des séquences de dialogues tarantinesque.
Certains passages sont beaucoup plus violents et certains franchement gore, aidé par les images de synthèses.
C'est Lynch au manettes, et ça se voit sur certains épisodes de génie pur comme les deux premiers, le dix-septième ou bien le fameux épisode 8, 50 minutes qu'il faut avoir vu une fois dans sa vie, 50 minutes d'art visuel et sensoriel.
Une unique saison (pour l'instant) de 18 épisodes qui se conclue sur une fin ouverte qui laisse espérer que le couvert sera remis.








Lynch est un Kubrick sous acide, je l'ai déjà dit, et il reste un des derniers purs artistes du Septième Art avec Lars Von Trier, un pourvoyeur d'expériences émotionnelles rare et qui se fait rare.
Pratiquement tout les épisodes se terminent par un artiste qui joue dans le fameux bar Bang Bang, dont Nine Inch Nails au milieu du  fameux épisode 8 ou Eddie Vedder dans l'épisode 16.
Cette troisième saison semble néanmoins être réservée aux fans inconditionnels de la série, selon moi, car comme je l'ai dit : beaucoup plus violente, radicale et parfois d'un surréalisme encore plus appuyé.
Certains parlent d'un Magnum Opus de Lynch, d'autres de meilleure œuvre de la décennie 2010, télévisuelle et cinématographique compris, quoi qu'il en soit il est rare d'avoir une série et des épisodes que l'on peut revoir plusieurs fois de suite, tel un film unique qui n'aurait pas encore dévoilé tous ces mystères, ses énigmes.





"Avez-vous du feu ?"


















lundi 25 décembre 2023

DRÔLES DE DAMES 1976/1981

 








Synopsis :

En Californie, Charlie Townsend, un détective devenu millionnaire, fonde sa propre agence composé de son ancien collègue, Bosley et de trois jeunes femmes recrutées dans la police.
Leurs noms : les anges de Charlie.
Pendant 5 saisons, de 1976 à 1981, elles vont marquer la télévision et leur génération.








 
Cette série est une production Aaron Speeling, et comme dans toutes les productions de ce magna de la télévision américaine et comme beaucoup de séries "policières", le scénario et l'enquête sont très secondaires.
De toutes manières, il suffit de regarder "Miami Vice" (qui n'est pas une production Spelling), "Hart To Hart" (L'Amour Du Risque), "La Croisière S'Amuse" (qui n'est pas elle une série policière) ou ces "Drôles De Dames" pour remarquer que les mêmes scénarios reviennent et sont recyclés grossièrement au gré des différentes productions.
Le but dans les productions Spelling (hors la très bonne série "Starsky Et Hutch" lors de leur deux premières saisons) est de faire rêver la ménagère et ses enfants que nous étions à l'époque de la fin des années 1970.
Une jolie et très bonne musique (ici une sorte de disco jazz composé par Jack Elliott) , ce qui fait qu'aujourd'hui principalement on se rappelle de ces séries, des costumes à la pointe de la mode de l'époque, une photographie de papier glacée et des décors de rêve.

Le trio d'origine est composé de Jaclyn Smith, la seule qui restera jusqu'au bout, Kate Jackson (3 premières saisons) et Farrah Fawcett qui deviendra connue grâce à ce rôle et deviendra la préférée de la série.
La Fawcett justement décidera de partir à la fin de la première saison en plein succès de la série.
Cheryl Ladd, alors sans expérience, remplacera jusqu'à la fin sa soeur de scénario avec satisfaction.
À partir de la quatrième et cinquième saison, la qualité des épisodes déclinera progressivement pour finir sur un épisode "flashback" (avec des passages d'épisodes précédents), ça coute pas cher et c'est pratique.

"Charlie's Angel" est plutôt de qualité mais se taper les cinq saisons à la suite (les trois premières sont sorties en France en DVD, les deux dernières sont disponibles en DVD zone 1 sans sous-titres) est assez pénible.
C'est agréable de se passer un épisode de temps en temps, comme avec "La Croisière" ou "Les Flics à Miami", pour se rappeler l'époque, la musique, se souvenir de sa jeunesse, les trente glorieuses, comme feuilleter un album de famille mais en mode festin, c'est assez indigeste.